Menu

​Pourquoi nous disons NON à la construction de 14 000 m² sur le Champ de Mars pour le repli du Grand Palais !

Rédigé le Mercredi 27 Juin 2018 à 14:44 |


Protégeons un des principaux espaces verts parisiens et la vitrine de la Paris et de la France !


Le projet :

L’Hotel de Ville envisage de concéder à la Réunion des Musées nationaux (RMN) la partie Sud du Champ de Mars, dite Plateau Joffre pour y édifier une structure devant abriter les manifestations du Grand Palais pendant la durée des travaux de rénovation que celui-ci doit subir. Une durée d’occupation de 48 à 50 mois est annoncée. Plus en vérité, car déjà les organisateurs des JO annoncent qu’ils vont ensuite récupérer la structure.

​Le statut du Champ de Mars bafoué par ceux-là mêmes qui ont la charge de le faire respecter ?

Le Champ de Mars, propriété de la Ville de Paris est régi par un Réglement des parcs et jardins (8 juin 2010). Des dispositions spécifiques et complémentaires ont été ensuite édictées avec la Charte des usages du Champ de Mars (24 décembre 2012). De la part de l’Etat, il fait l’objet d’un classement au titre des Sites protégés (22 octobre 1956). Il a aussi été inscrit au Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO dans le cadre de l’ensemble Rives de Seine. (1991)
Ces textes qui reconnaissent le caractère historique, patrimonial, végétal du lieu, son appartenance à une grande perspective urbaine, son affectation à la promenade, son inconstructibilité, avec toutes leurs obligations corrélatives, on s’apprête à en faire fi à tous les stades des pouvoirs publics. Le statut du lieu est bafoué par ceux-là mêmes qui ont la charge de le faire respecter.

​La nature, les espaces verts, l’écologie urbaine, on s’en moque ?

Le Champ de Mars avec ses vingt-quatre hectares est l’un des plus grands parcs de Paris dont la pénurie en la matière est bien connue. On sait que la capitale est parmi les grandes métropoles dans le monde la plus dépourvue en espaces verts avec toutes les conséquences fâcheuses sur la santé et le mal-vivre.
Non seulement on s’apprête à confisquer pour le déqualifier un important poumon vert, mais on va y construire, densifier toujours plus le bâti, augmenter à saturation une fréquentation qui n’est déjà plus maîtrisée comme en témoigne l’accueil indigne réservé aux touristes.

​Un enjeu national !

Avec 21 millions de visiteurs, le Champ de Mars est un enjeu national, car en étant le premier site touristique français, ce n’est pas seulement la vitrine de Paris, mais de la France. Alors, si le pays tout entier est concerné, voyons grand, voyons loin, soyons audacieux; l’Etat a bien créé à Lens un nouveau Louvre. N’est-ce pas l’occasion de revivifier l’un de ces territoires abandonnés de la grande banlieue ou au-delà que d’y replier le Grand Palais ? Manière aussi de nous dédommager en partie de l’abandon de l’exposition universelle projetée pour 2025 dont c’était précisément l’une des visées. Voilà ce qui ferait véritablement événement !

​Le Plateau Joffre n’existe pas :

Le Plateau Joffre n’a aucune autonomie par rapport au Champ de Mars dont il fait partie intégrante. La pratique ininterrompue des événements et manifestations organisés par la Ville ne saurait lui avoir conféré un statut spécifique. Philippe Bélaval président du Centre des Monuments nationaux a pu le qualifier récemment de «friche urbaine» bonne à tous les usages.

​Paris réduit à la Tour Eiffel ?

Paris ne se résume pas à la Tour Eiffel. Cette vision pardonnable aux étrangers n’est pas acceptable de la part de nos autorités qui focalisent leur attention sur ce noyau extrême. Les limites de Paris sont étroites, on le sait, mais il est encore possible, d’y trouver de l’espace et ce doit être un objectif et une obligation pour nos élus que de faire découvrir aux étrangers, aux Français et aux Parisiens eux-mêmes les ressources de nos vingt arrondissements. Et si l’Hôtel de Ville ne trouve pas son compte dans ce périmètre, qu’il étende son regard au delà des remparts du périphérique sur ce Grand Paris qui commence à ses portes.

​Les Expositions universelles au Champ de Mars, c’était dans les siècles passés :

On veut aussi inscrire le projet dans la tradition des expositions universelles au Champ de Mars. De fait, si ces grandes manifestations s’y sont bien déroulées au XIX° siècle c’était dans un Paris et une France qui n’avaient ni la population ni les flux touristiques d’aujourd’hui et dont les préoccupations en matière d’écologie urbaine étaient inexistantes
A son terme l’épisode de l’occupation du Grand Palais sera inévitablement brandi comme un maillon supplémentaire de cette chaîne de grands événements et l’on trouvera toutes bonnes raisons de la prolonger encore.
C’est bien aussi une tradition que celle des édifices éphémères maintenus en place bien au-delà de la durée pour laquelle ils ont été construits. La Galerie des machines de l’exposition de 1889 n’a été démolie qu’en 1909 après avoir servi de vélodrome et d’entrepôt de pommes de terre …

​Les vrais enseignements de l’Histoire :

Si l’on se réfère à l’histoire, que l’on se rappelle plutôt la raison d’être du Champ de Mars, terrain d’exercice de l’Ecole militaire et les événements de notre histoire nationale qui s’y sont déroulés. Que l’on comprenne l’idée très ancienne, de cette perspective menant de la butte de Chaillot à la plaine de Grenelle qu’admirent les touristes depuis la terrasse du Palais de Chaillot.

​Un square résiduel entre deux enclos ?

L’amputation du tiers Sud du parc s’ajoutant à celle du tiers Nord enfermé désormais derrière le mur de protection de la Tour Eiffel ne laissera à la promenade et au ressourcement que le tiers central. Encore faut-il imaginer que la voirie qui le traverse connaîtra une circulation forcément intensifiée.
Et pourquoi cette nouvelle zone d’hyper-fréquentation serait-elle moins vulnérable au terrorisme ? Faudra-t’il l’enfermer à son tour dans une enceinte de protection ?

​Contradictions ou perfidité ?

Le 4 mai dernier l’Hôtel de Ville a dévoilé la liste de quatre équipes d’urbanistes sélectionnées pour participer au dialogue compétitif du projet «Grand site Tour Eiffel». La prise en compte en vue d’une gestion unifiée d’un large ensemble Trocadéro - Ecole militaire, Alma-Bir-Hakeim est certainement souhaitable. Mais si comme l’a dit Jean-Louis Missika, adjoint en charge de l’urbanisme, le Champ de Mars est un immense jardin dont il faudra prendre en compte le grand paysage... , comment entend-t’il concilier cette belle ambition avec la construction du Grand Palais provisoire ? On comprend mieux alors que son «grand» site ne s’étende même pas l’Ecole militaire prudemment oubliée, alors même que sa façade classée vient enfin d’être restaurée.

​La Culture a bon dos :

Comment aussi ne pas s’interroger enfin sur le caractère culturel des programmes du Grand Palais provisoire. Dans ses propres murs les grandes manifestations qui s’y déroulent sont pour la plupart de type mercantile. La marchandisation du Champ de Mars sera devenue totale : les attractions populaires à la Tour Eiffel auront pour contrepoint les salons haut de gamme du Plateau Joffre. Le populaire d’un côté, le parisianisme du luxe de l’autre. Juxtaposition bien peu conviviale, le contraire du vivre-ensemble dans un lieu où les Français se sont pourtant rassemblés et célèbrent encore leur fête nationale.
 
Cette privatisation de l’espace public, de surcroît un jardin, à des fins mercantiles nous semble inacceptable. Nous demandons instamment aux membres du Conseil de Paris de ne pas voter ce projet qui sera présenté le 2 juillet 2018.
 
Le Bureau et le Conseil d'Administration
de l'Association des Usagers et Amis du Champ de Mars