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Les rues traversantes sont nécessaires au sentiment de sécurité des piétons, car c’est un jardin conçu sans clôture

 

  Les rues traversantes sont nécessaires au sentiment de sécurité des piétons, car c’est un jardin conçu sans clôture La plupart des jardins de Paris (et du monde) sont protégés par des grilles et soumis à des horaires. C’est le cas des Tuileries, du Luxembourg, des Buttes-Chaumont, du parc André-Citroën et de beaucoup d’autres. Ce régime est la façon la plus simple et la plus classique d’assurer la sécurité des espaces verts.

  Le Champ-de-Mars est une exception à Paris. On peut s’y rendre à toute heure du jour et de la nuit. Cette possibilité est particulièrement agréable en été. Des gens de toute l’Île-de-France, des riverains et des touristes en profitent. Cette exception heureuse n’est cependant pas un hasard. Elle résulte d’une conception très intelligente au départ. Ce jardin est, en effet, traversé par un certain nombre de rues espacées avec régularité.

  Ces rues offrent aux piétons la possibilité de rester en vue des voitures, de ne pas se sentir isolés et vulnérables. Si le Champ-de-Mars échappe à la servitude des grilles, c’est tout simplement parce qu’il bénéficie de cette disposition précieuse. Certes, la synergie voiturespiétons est difficile à imaginer alors que les automobiles sont accusées de tous les maux, mais, je le répète, cette synergie est essentielle pour les promeneurs.

  Qu’en sera-t-il lorsque des piétons isolés se retrouveront, à des périodes peu fréquentées, au milieu des buissons, à 400 m de tout passage ? Est-il bien raisonnable de constituer un bloc compact non protégé, allant du fond de la place du Trocadéro au parvis de l’École militaire ?

  Les maquettes présentées au public montrent évidemment le site sous un jour flatteur au cœur de l’été, avec beaucoup de monde. On a envie d’y être. Mais il convient aussi d’imaginer la situation en novembre, à la nuit tombée.

  Dans ces circonstances, beaucoup de personnes seules hésiteront à traverser le Champ-de-Mars, comme elles éviteront de se risquer sur le pont d’Iéna. Il faut se souvenir que dans les années 1960 déjà, on voulait séparer les flux d’autos des espaces destinés aux piétons. C’est comme cela qu’ont été construites les fameuses « dalles », comme la toute proche dalle de Beaugrenelle.

  On sait que ce n’était pas une bonne idée. La situation des grands ensembles est évidemment très différente de celle du Champ-de-Mars. Cependant, des problématiques voisines de séparation des flux de piétons et de voitures s’y retrouvent et il faut s’en méfier.

  D’ores et déjà, la fermeture de la rue Gustave-Eiffel et la multiplication des édicules dans la zone de la tour créent toutes sortes d’obstacles à la vue et de caches. C’est là qu’on observe une montée des trafics et de la délinquance, même en l’absence de touristes durant la crise du Covid. L’évolution de cet endroit donne en plus petit une idée de ce que pourrait être le grand site à une autre échelle.2 Priver l’espace Champ-de-Mars/tour Eiffel/Trocadéro de ses rues traversantes, c’est constituer un environnement favorable à l’insécurité et aux trafics, et c’est, en fin de compte, jouer contre les piétons. On peut d’ailleurs déjà observer cette évolution en miniature avec la fermeture de la rue Gustave-Eiffel. Inévitablement, si cette orientation était maintenue, on assisterait à une demande croissante de clôture du Champ-de-Mars (option déjà évoquée par certains candidats aux dernières municipales). Ce serait évidemment dénaturer complètement cet espace vert.

 

Pierre LAMALATTIE Juin 2021

administrateur des "Amis du Champ-de-Mars