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Vous avez dit « Belle Époque » ? 

En été, la lune se couche à droite de la tour Eiffel, lorsqu’on la contemple du Champ-de-Mars. Mark Temlett le sait bien. C'est  le parc de son enfance. 

Ses parents habitaient le 15ème. Allant tous les jours à l’école dans le 7ème, il traversait le Champ-de-Mars deux fois par jour, en toutes saisons.

 Tant de bons souvenirs

Il s’en souvient comme d’un endroit plutôt désert et sablonneux.

Il y avait le Guignol, les petits ânes pour se promener. Il y avait aussi un jeu en forme de girafe, aujourd’hui disparu, qu’avec le recul, il juge hyper dangereux : « on revenait à la maison les genoux couverts de bleus ».

Il y avait les gardiens et la réglementation : « lorsqu’on traversait à vélo, le gardien nous obligeait à mettre pied à terre ». 

Les pelouses étaient interdites et il fallait jouer avec lui au chat et à la souris : « On courait vite pour le provoquer et l’entendre siffler ». Un vrai plaisir.

C’était dans les années 80. Peu à peu, l’atmosphère a changé.  Mark se souvient, les derniers gardiens n’avaient plus le cœur à faire la police. On les a supprimés.

Un Champ-de-Mars méconnaissable

 Adulte, Mark quitte le quartier pour découvrir le monde. De retour dans les années 2010, c’est « le choc ». Tout a changé, l’endroit, autrefois peu fréquenté, est plein de monde, des gens de toutes sortes.  Et l’on s’assoit sur les pelouses jadis sacrées !

C’est alors que le jeune homme s’engage dans la voie artistique. Il commence par des bandes dessinées, des dessins en noir et blanc.

Lors du premier confinement, il est chez ses parents, à deux pas du parc redevenu désert.  Il s’y promène, regarde l’herbe pousser sans retenue, croise des animaux. C’est à ce moment-là qu’il dresse son portrait du Champ-de-Mars. Cela fait longtemps qu’il avait un tel projet en tête.

Très colorée, proche de l’univers de la bande dessinée, foisonnante de détails et de clins d’œil, l’œuvre montre l’état « avant-confinement » du parc dominé par la tour Eiffel. Au premier regard, l’atmosphère paraît bon enfant et paisible. Un couple de touristes amoureux assis sur l’herbe contemple la grande Dame de fer dont ils ont rêvé depuis si longtemps, Mais le dessinateur ne tarde pas à nuancer la première impression :  il entoure le couple d’une kyrielle de personnages de toutes espèces : musiciens bruyants, vendeurs de babioles ou de faux champagne, pickpockets, joueurs de jeux de hasard, chiens en liberté…

De quelle « belle époque » parlez-vous ? 

Mark a appelé son tableau « Belle Époque » mais ne pense pas pour autant avoir pris parti. Il a aimé le Champ-de-Mars de son enfance, plus paisible, mais souligne : « J’ai juste voulu montrer la réalité de l’endroit aujourd’hui, sans aucun jugement de valeur ». C’est l‘air du temps qu’il veut rendre : « Si j’avais été peintre du temps de Napoléon, j’aurais dessiné l’artillerie faisant des exercices avant de partir en guerre. Ou bien, plus tard, j’aurais représenté une exposition universelle ».

Aux murs d’une galerie spécialisée dans le street art du Village suisse*, l’œuvre de Mark a attiré le regard de nombreux riverains du Champ-de-Mars pendant le confinement. C’était bien un passé proche mais révolu qu’ils y voyaient alors.

Aujourd’hui, les bataillons de touristes sont revenus au Champ-de-Mars et, beaucoup de monde gravite à nouveau autour d’eux. On s’interroge : comment le parc sera-t-il demain ? La "belle époque", c’était quand exactement ?

C.R. - Août 2022

 

*  Ensemble d'antiquaires et de galeries d'art situé à deux pas du Champ-de-Mars.